À propos

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Chapiteau aux baisers , Emile Derré (1906) , Grand Place, Roubaix.

« Entrez dans la danse, voyez comme on danse, sautez, dansez, embrassez qui vous voudrez ».

Il suffit de ces quelques mots et reviennent les rondes enfantines, accompagnées de leurs mystères. Le mystère de leurs mots étranges. Une histoire de lauriers coupés qu’une « belle que voilà  » saurait bien ramasser… Des baisers, des fauvettes aux doux gosiers, des fraises, des fleurs d’églantier, et le son d’une ronde. Deux mains dans deux autres mains, la danse la plus simple qui soit, un cercle, un tour, oui, encore un, toujours recommencé.

Que l’on perçoive l’érotisme enveloppant les paroles de ces chansons ou que l’on ne sache pas encore, enfant, ce que représentaient vraiment ces lauriers là, qu’importe finalement : la ronde est annonciatrice à tout âge de plaisirs et de joie.

Sur la partition de musique, le plaisir des sons continue : la ronde se décline en deux blanches, quatre noires ou huit croches.

Joyeuses noubas… De l’ arabe نوبة, nûba, c’est le tour que l’on attendait, au coeur de l’Andalousie médiévale, pour jouer et chanter sous le regard du calife. Suite musicale ordonnée par Zyriab ( poète musicien et esthète arabo-andalou du IXème siècle). Abondances de chants, de poésie, et de compositions instrumentales. Au nombre originel de vingt-quatre, une pour chaque heure de la journée. Le tour de l’horloge des noubas, devenu, il n’y a pas de hasard, synonyme de fête.

Mais la ronde se fait parfois vigilante : une ronde de jour ou bien de nuit, tour de garde, à tour de rôle.

« Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville. Dans les rues et sur les places. Je l’ai cherché, mais je ne l’ai pas trouvé. Les gardes qui font la ronde par la ville m’ont trouvée. Avez-vous vu celui que mon âme aime ? » 

(Cantique des cantiques, 3- 1 à 11)

Un chemin de ronde pour faire le guet, pour scruter le pays, de là où voir le plus loin possible, les alentours qui se dévoilent.

« Je vais en rond, cela me permet d’être tout à la fois, partout », dit  le mystérieux personnage qui accompagne sur une valse d’Oscar Straus, les dix scénarios des plaisirs, dans La Ronde, le film de Max Ophuls, inspiré de la pièce d’Arthur Schnitzler.

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Tournent, tournent beaux paysages ! 
La terre tourne nuit et jour !
L’eau de pluie se change en nuage
Et le nuage tombe en pluie !

La ronde de l’amour, musique Oscar Straus/ Louis Ducreux pour le film La Ronde, Max Ophuls

Tournent, tournent beaux paysages…La ronde, le monde, le voyage est un vaste tour. Aussi rond que le « o » de l’Odyssée d’Ulysse, « l’homme aux mille tours », le voyage est depuis longtemps circulaire.Le mot tourisme fut fabriqué par les anglais sur cette idée de « Grand tour » que faisaient les aristocrates dès le 17eme siècle pour parfaire leur éducation. Le voyage comme clef de l’apprentissage et de la connaissance : diplomatie à Paris, connaissances religieuses en Suisse, passage des Alpes, éducation sexuelle et plaisirs de la chair à Venise, culture antique à Rome, puis découverte d’Innsbruck, Vienne, Postdam, Berlin, enfin approfondissement des arts en Hollande puis le retour en Angleterre ..

« Le plus grand plaisir du voyage est peut-être l’étonnement du retour. Je vois qu’il donne de la valeur aux êtres et aux choses les plus insipides. » Stendhal, Promenade dans Rome.

Aujourd’hui les livres touristiques proposent la découverte d’un pays, d’une région, d’une ville dans un espace défini, classifié, identifié par ses frontières administratives, le tout sous forme de liste. Leurs pages s’ouvrent alors sur une exploration alphabétique, thématique, au gré des quartiers ou des quatre points cardinaux. Le guide d’une ville détaille ainsi toutes les composantes à visiter et à découvrir sur le strict territoire de la commune présentée : musées, monuments, atmosphères des quartiers, caractéristiques architecturales, parcs, activités, restaurants, hébergements.Mais paradoxalement dans un monde où tout est connexion, où l’on vit chaque jour la fulgurance de l’information, embarqué sans cesse en hyper mouvement, quantité, rapidité des données, la découverte des lieux se fait parfois figée. On suit une liste de choses à voir, on rentre , on ressort d’un musée, on vient pour une curiosité ou deux. Les liens du temps et de l’espace progressivement s’effacent. Sait-on toujours où l’on se trouve? On a suivi le GPS, quel chemin nous a-t-il fait suivre ? L’avion nous a propulsé quelque part. L’aéroport, la gare, lieux vivifiants du passage, sont parfois vécus comme déconnectés. On passe, on passe puisque tout passe. Et les lieux défilent comme l’information, à peine vus, déjà oubliés.

Sait-on, par exemple, lorsque l’on atterrit à Venise que l’on se trouve  à 26 minutes en train de Padoue, à 2H06 de Florence ? Les possibilités d’un ailleurs tout proche, toutes les richesses environnantes,les liens historiques,ceux de l’ imaginaires,les échos paysagers, routes et chemins à emprunter, les imbrications multiples des espaces et du temps restent souvent dans l’ombre.

Or il est des lieux qui non seulement sont particulièrement intéressants à découvrir dans les limites classiques de leur territoire mais dont l’ancrage géographique spécifique constitue aussi une dimension et une incroyable richesse supplémentaire qui mérite que l’on s’y attarde.Roubaix fait partie de ces lieux : destination passionnante en soi, mais aussi parfait point de départ pour un rayonnement riche et surprenant. Y séjourner une semaine ne vous suffira pas à tout explorer.

Ce blog propose une découverte à la ronde, des promenades non pas dans mais à partir de Roubaix comme autant de rayons d’un cercle, un autre tour en quelque sorte, mais plutôt celui de l’horloge, un tour d’une heure, des découvertes à une heure à la ronde, un livre d’heures de voyageur.

Bien sûr il peut paraître curieux d’écrire un guide de promenades sur une ville pour mieux inviter à en partir ! Mais il s’agit bien à chaque fois surtout d’y revenir, pour mieux en repartir encore, comme l’aiguille de la couturière ou la navette qui passe, tisse, revient et tisse encore. Oui, et mieux y revenir toujours, comme le déroulement sans fin d’une ronde…Creuser un lieu, un point fixe et s’inscrire dans des allers et retours à la ronde : fixité, mouvement, jeu entre l’espace et le temps.Introduire de la lenteur et de l’immobile, là où tout n’est plus que défilement et s’ancrer dans d’autres déplacements.

Aussi ces rondes sont-elles destinées à la fois aux Roubaisiens et aux voyageurs de passage ainsi qu’à tout ceux qui recherchent des destinations riches de possible.

Juste une heure. Cela n’est rien.. … Le temps de faire les courses, de faire la queue pour une prestigieuse exposition sans billet coupe-file, le trajet aller ou retour du travail..Selon les expressions l’heure en question se fait valeur de rapidité ou de temps déplorablement perdu : vos photos ou vos lunettes prêtes en une heure seulement, vos ourlets en une heure express, temps parfait de cuisson du gigot pour les invités, mais l’heure passée au téléphone, celle à tourner en rond ou encore dans la salle de bains : « çà fait une heure qu’on vous attend très chère».

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Et si vous preniez une heure de découverte et de plaisir, comme une ronde, une heure de Roubaix à la ronde…

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